
Prise de Montfaucon le 4 septembre 1585.
…. » En général, les populations des campagnes employaient toutes leurs ressources, toute leur énergie à chasser l’ennemi de chez elles, à s’isoler de l’action plutôt qu’à y prendre part. Mais, comme cette politique d’inertie tentait à briser les mailles du vaste réseau, la ruse des partis appliquait tous ses efforts à réveiller par l’inquiétude, à irriter par les menaces les localités qui se retiraient de la lutte. Ce qui frappe et qui donne à ce moment de l’histoire un caractère particulier, c’est l’éternel cri d’alarme, ce sont les paniques continuelles qui arrivent tantôt du camp royal , tantôt de la faction des Guise, quelquefois même du fond du Languedoc : « l’ennemi est à vos portes, prenez garde ! Vous avez dans vos murs des citoyens qui vous trahissent et qui, si vous ne veillez, vous livreront aux Huguenots, etc…. » Toutefois, cet appel à la vigilance fut souvent utile dans les pays isolés que des troupes nomades pouvaient surprendre et ravager à l’improviste.
Déjà le Velay, au moment où il s’y attendait le moins, avait subi les incursions des religionnaires sur plusieurs points à la fois. Ces incursions, aussi violentes que soudaines, répandaient partout l’épouvante et laissaient pour longtemps la désolation derrière elle.
Montfaucon, par exemple, en éprouva cruellement les rigueurs. Il paya, avec le sang de ses meilleurs citoyens et par la ruine de ses vieux remparts, l’honneur d’avoir vaillamment combattu pour la défense de ses foyers et de ses autels. Montfaucon, une des huit villes du Velay, située à peu prés au centre de la province, était l’un des deux sièges de l’ancien baillage royale. Il envoyait tous les quatre ans deux députés à l’assemblée diocésaine des états particuliers. Comme le Puy, Craponne et d’autres villes, il vivait sous la dominité d’un seigneur en paréage avec le roi. A cause même de son importance, il avait originairement donné, à celui qui le gouvernait, le droit de siéger aux états- généraux du Languedoc. Ses murs d’enceinte, sont château, ses tours, ses fossés dont il était fier, en firent, après le Puy, la place la plus forte de la contrée. Montfaucon était une cité consulaire, c'est-à-dire administrée par un conseil de citoyen élus en assemblée générale. En 1445, ses consuls avaient été appelés à prendre part aux délibérations des députés des états généraux, circonstances qui supposent qu’à cette époque il était déjà classé au nombre des villes importantes du Languedoc.
En 1585, les Religionnaires, commandés par un Gévaudanais nommé Gentil, s’empare de Montfaucon. Il fallu sans doute que les habitants se fussent alors bien énergiquement défendu, puisque, aussitôt maître de la ville, les vainqueurs, ivres de rage, firent impitoyablement démolir le château, et passèrent au fil de l’épée les chefs courageux qui avaient excité leurs concitoyens à une héroïque résistance. Tristes vicissitudes des événements de cette époque ! Montfaucon, vieille cité Catholique, tombe brutalement en 1585 au pouvoir des Calvinistes et se voit obligé de subir toutes les violences de leur domination. Cinq ans après, St Vidal frappe à ses portes et les fait ouvrir à ses rudes Ligueurs, qui commencent à y établir à leur tout leur despotique gouvernement. En 1591, la ville rentre sous l’obéissance du roi pour en être arraché quelques mois ensuite par l’intimation du Duc de Nemours, et viens enfin au mois de mars 1594, se ranger avec docilité sous la banière victorieuse de Henri de Navarre !
Le vieux château baronniale de Dunières-Joyeuse, si connu autrefois dans la contrée par la puissance de ses fortifications, par sa double enceinte crènelée et par sa tour grandiose que la furie des temps et des hommes n’a pu détruire, le château de Montregard, celui de Beaudiné, celui de Valzelhes, presque tous ceux de la province eurent des destinés semblables, et, dans le même temps, passèrent tout à tour des Religionnaires aux Ligueurs, et des Ligueurs aux Royalistes…".

